🌸 Lettre #57 – Aux regards des autres

A young boy gazes out of a bus window on the streets of Dhaka, Bangladesh.

Intense black and white portrait of a child with captivating eyes, evoking mystery and emotion.

Ce matin, je me suis réveillée tôt.

Le ciel s’ouvrait à l’aube, et le soleil se levait avec une force silencieuse. J’ai marché pieds nus dans mon jardin, respirant profondément, faisant quelques mouvements de mon corps encore engourdi. Quelle énergie puissante coulait alors dans mes veines !

Et là, une pensée est née, claire comme ce lever du soleil : c’est quand j’ai cessé de prêter attention aux regards des autres que j’ai commencé à respirer vraiment.

J’ai toujours été sensible à ces regards. Chaque fois que quelqu’un posait les yeux sur moi, je croyais qu’il cherchait à me juger, à compter mes défauts, à me réduire. Ces regards me faisaient baisser les yeux et m’enfermaient dans des pensées noires, obsédée par la question : qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

J’étais convaincue de ne pas avoir en moi cette lumière, cette force qui attire le regard avec admiration. Je croyais que si les autres me voyaient, c’était pour découvrir ce qui était “trop” ou “pas assez”. Et pourtant, quel gâchis, quel préjudice envers l’enfant que j’étais — et qui vit encore en moi depuis 46 ans. Cet enfant joyeux, lumineux, qui aime rire et danser, mais que j’ai trop souvent réduit au silence sous le poids des jugements imaginés.

Si j’avais su plus tôt me donner cette confiance, que serais-je devenue ? À quel moment ai-je commencé à craindre ces regards ? Était-ce à cause de mots blessants, lancés par ceux-là mêmes qui auraient dû me protéger et me donner la certitude d’être digne d’amour, malgré mes maladresses d’enfant ? Je n’arrive pas à me souvenir avec précision. Mais je sais que cette peur m’a longtemps tenue prisonnière.

Et pourtant, aujourd’hui, je me tiens là, sous le soleil levant, fière de moi et de l’enfant que je porte dans mon cœur. Cet enfant a résisté, il a gardé sa joie malgré tout, il a gardé son éclat même sous les ombres. Aujourd’hui, je l’écoute, je lui tends la main, je le laisse briller.

Peut-être est-ce aussi le pays où je vis aujourd’hui qui m’a donné cette confiance retrouvée. Ici, l’air que je respire m’inspire une autre façon de vivre. Ici, la lumière m’ouvre de nouveaux horizons. Ici, je sens que mes racines plongent dans une terre qui m’apprend à ne plus trembler devant les regards.

Je suis reconnaissante. Pour ce chemin, pour cette transformation, pour ce courage qui grandit.

Car désormais, quand les regards se posent sur moi, je choisis de ne plus baisser les yeux.

Je choisis de danser, de rire, de marcher dans la lumière, avec l’enfant en moi qui n’a jamais cessé de vouloir briller.

-Moi

Inna

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