Lettre # 24 — À celle qui résiste à créer

An artist captures a London cityscape on canvas at an indoor studio.

Close-up of diverse hands shaping clay pottery on a wooden table, showcasing craftsmanship.

Ce matin, je me suis éveillée dans la lenteur.

J’ai commencé la journée avec ma routine ayurvédique, ces gestes simples qui nourrissent le corps, calment le mental et honorent l’instant.

Puis j’ai déroulé mon tapis, respiré, pratiqué un yoga doux, en laissant l’espace revenir dans mes cellules.

Et une évidence est montée :

Aujourd’hui, je dois t’écrire.

À toi, celle qui résiste à créer.

Créer… j’en ai tant envie.

Créer une routine qui me soutient.

Créer une maison vivante, un rythme apaisé, des moments joyeux en famille.

Créer un monde intérieur plus stable, plus doux, plus vrai.

Mais souvent, à peine ai-je commencé… que tout s’effondre.

J’essaye de faire les choses bien.

Je ressens ce désir, cette impulsion.

Alors je me lance… avec enthousiasme.

Mais bien souvent, je vais trop vite, je fais trop.

Je veux tout transformer d’un coup.

Et très vite, mon mental se crispe, mon corps dit non.

Et la résistance revient, plus forte encore.

Avant, ma vie était fluide.

Je me suis mariée tard, à 42 ans, après avoir exploré le monde, goûté à la liberté, suivi mes élans.

Mais aujourd’hui, j’ai besoin d’ancrage.

J’aspire à créer un foyer paisible, une vie harmonieuse, un bonheur simple et solide.

Et pourtant… une part de moi freine.

Me tire en arrière.

Fait tout à l’envers, comme pour tester mes résolutions.

Cette part qui résiste m’agace, me fatigue.

Mais grâce à l’Ayurveda, j’apprends à ne plus la voir comme une ennemie.

Elle est un symptôme du déséquilibre, un message du vivant en moi.

Quand je vais trop vite, je dérègle le vent de mes pensées — Vata s’agite.

Quand je veux tout réussir d’un coup, Pitta s’enflamme.

Et quand je reste bloquée dans l’inertie, Kapha s’alourdit.

Alors le corps et le mental, en sages gardiens, résistent pour me protéger.

L’Ayurveda m’apprend que toute création saine naît de l’équilibre.

Et que l’équilibre demande du rythme, de la patience, de la douceur.

Pas une course. Pas une pression.

Mais un engagement tendre, soutenu, intelligent.

Alors aujourd’hui, je choisis de ralentir.

De faire un pas à la fois.

De créer avec sagesse, pas avec urgence.

D’apprivoiser cette résistance comme une sœur blessée.

De l’honorer, au lieu de la combattre.

Même l’écriture me résiste parfois.

Les mots se figent, se taisent.

Mais je reste là.

Je respire.

Et je comprends : créer, c’est avant tout rester présente.

Avec amour, même dans le vide, même dans le doute.

Je ne cherche plus de solution miracle.

Mais je m’ouvre à la voie du juste milieu.

Celle qui respecte mes cycles, mes limites, et mon souffle.

Créer ne commence pas par faire.

Créer commence par être.

Et m’aimer dans ce que je suis aujourd’hui… c’est déjà créer la paix.

Avec tendresse,

Moi

Inna

Retour en haut