
Cher Égo,
Tu n’es pas mon ennemi. Tu es une ombre qui me suit, une voix qui m’appelle « moi » alors que je ne suis qu’un souffle traversé par la vie. Tu m’as appris à me protéger, à me construire une identité, à dire « ceci est à moi, cela est moi ». Sans toi, je n’aurais pas su marcher dans ce monde où chacun porte un nom, une histoire, un visage.
Mais je sais aussi que tu n’es qu’un reflet. Comme les vagues qui se lèvent sur l’océan, tu apparais et tu passes. Lorsque je m’attache à toi, je souffre. Lorsque je crois que tu es solide et permanent, je m’égare.
La vie n’est pas une mer toujours calme, et il n’est pas juste de demander à l’océan de ne pas avoir de vagues. Les vagues sont le jeu du vent et de l’eau. De même, toi, Égo, tu es le jeu de l’esprit et du désir. Les femmes, les hommes, tous les êtres connaissent ces mouvements : parfois en haut, portés par l’euphorie, parfois en bas, ramenés à la dure réalité.
Mais au fond, ni le haut ni le bas ne sont la vérité. La vérité est l’océan lui-même, vaste, silencieux, sans limite. Quand je plonge au-delà de toi, Égo, je trouve cette paix : elle n’est pas l’absence de vagues, mais la compréhension que les vagues ne sont pas séparées de l’eau.
Alors je ne veux pas te détruire, Égo. Je veux t’observer avec tendresse, comme on regarde un enfant capricieux qui joue. Je t’accepte, mais je ne me confonds pas avec toi. Tu peux être mon compagnon, mais je ne suis pas ta prisonnière.
Et peut-être que l’illumination n’est pas d’effacer ta voix, mais d’entendre derrière toi le silence infini, la vraie nature de l’esprit.
-Moi
Inna



