Lettre #58 – L’Ignorance, mon ombre et ma maîtresse

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Il n’y a rien de pire, dit-on, que d’ignorer un enfant.

Ce silence n’est pas neutre : il brise, il abîme, il laisse des cicatrices invisibles mais profondes. Un enfant privé de regard apprend à douter de sa valeur, son corps s’imprègne de stress, son cœur s’enferme dans une prison invisible. Et cette douleur, répétée encore et encore, peut devenir dépression, violence, ou un effacement silencieux.

Mais l’ignorance ne se limite pas à ce que nous recevons. Elle habite aussi nos gestes, nos choix, nos silences.

Je l’ai reconnue en moi. Quand je devais décider, je préférais ignorer. Quand une main se tendait, je détournais les yeux. Quand mon esprit voulait voler, je l’enfermais dans une boîte. J’ai ignoré mes élans, mes besoins, mes émotions. Et à chaque fois, c’est ma propre vie que je réduisais.

Alors, faut-il condamner l’ignorance comme le pire des maux ?

Ou faut-il la reconnaître comme une compagne paradoxale, parfois protectrice, parfois destructrice ?

Car voici le paradoxe : dans ce monde saturé de nouvelles, de guerres, de cris et de souffrances, si je n’ignorais rien, je serais écrasée. Mon esprit, mon cœur, mon corps ne pourraient pas tout contenir. L’ignorance devient alors une paupière protectrice, qui se ferme pour que mes yeux ne soient pas brûlés par la lumière trop vive.

Mais il y a une différence fondamentale :

  • Ignorer par peur, par indifférence, par fermeture du cœur, c’est un poison.
  • Ignorer avec conscience, pour préserver l’espace intérieur, c’est une sagesse.

Voilà ton double visage, Ignorance : tu peux être ma prison, ou tu peux être mon bouclier.

Tout dépend de l’usage que j’en fais.

Alors je choisis.

Je choisis de ne plus ignorer ce qui est vivant : une main tendue, une émotion, une douleur, une joie.

Je choisis de ne jamais ignorer l’enfant intérieur en moi, ni la lumière que je porte.

Mais je choisis aussi de détourner les yeux de ce qui m’écrase, de ne pas me perdre dans le vacarme inutile du monde, de ne pas me noyer dans chaque blessure que je ne peux guérir seule.

Ignorance, tu as été mon erreur quand je t’ai subie.

Tu peux devenir ma sagesse quand je t’utilise avec discernement.

Car la vraie liberté n’est pas de tout voir, ni de tout ignorer, mais d’apprendre à marcher avec des yeux clairs et un cœur ouvert — en sachant quand fermer les paupières, et quand les lever vers la lumière.

-Moi

Inna

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