
Maman,
Te dire ces mots est comme traverser un désert : j’ai soif de vérité, mais elle brûle mes lèvres.
Notre lien fut rude, marqué de silences et de phrases jetées comme des couteaux.
Si l’on me demandait de renaître comme ta fille, je dirais non.
Et si l’on te demandait d’accueillir une fille comme moi, tu dirais non aussi.
Voilà la nudité de notre vérité.
J’ai cru t’avoir pardonné. Mais le pardon n’est pas un acte ponctuel, il est un souffle qui doit revenir encore et encore. À chaque tempête intérieure, tes mots resurgissent. Alors je comprends : ce chemin du pardon n’est pas terminé, il me façonne encore.
Tu n’as jamais su combien tes paroles pouvaient blesser. Tu les lançais sans conscience, comme on jette des pierres dans une rivière sans voir les cercles qu’elles dessinent. Mais je ne suis pas innocente non plus. Enfant, j’ai grandi dans une maison où on ne t’aimait pas, où l’on t’a jugée, et j’ai absorbé ces mensonges. Le respect sacré que j’aurais dû t’offrir s’est effrité dans l’ombre de ces voix. Pour cela aussi, je demande pardon.
Nous sommes deux âmes liées par un fil karmique. Nous n’avons pas eu assez de mérite pour vivre la douceur, alors l’univers nous a confié la leçon plus dure : apprendre à aimer malgré les éclats.
Et pourtant, au milieu de cette rudesse, une autre lumière s’est levée : ta sœur, ma tante. Elle a incarné pour moi ce qu’une mère peut être — rieuse, tendre, confiante, patiente. Elle m’a montré le goût simple du bonheur, et c’est à elle que je dois mes souvenirs les plus doux.
Alors aujourd’hui, à vous deux je rends hommage.
À toi, ma mère de chair, miroir de mes blessures et de ma force.
À elle, ma mère de cœur, souffle de douceur.
Je ne suis pas née pour répéter la guerre des mots.
Je suis née pour transformer nos blessures en lumière.
Et même si je ne sais pas toujours comment,
je choisis de t’aimer.
-Inna



