
Vie,
je t’écris comme on adresse une prière et une promesse à la fois.
Tu m’as appris à habiter le mystère. Chaque matin que tu m’offres est une page vierge ; chaque soir, un livre déjà un peu plus épais. Jamais je n’ai cru pouvoir écrire autant de lettres à celle que je suis — et cependant, grâce à toi, j’ai parlé, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai changé. Tu m’as portée et mise à l’épreuve ; tu as été douce et impitoyable, tendre et exigeante. Pour tout cela, merci.
Tu es contradiction : tu dresses devant moi des orages et des éclaircies, des nuits où tout semble perdu et des aurores où tout reprend sens. Si je regardais seulement l’un ou l’autre, je perdrais la musique du monde. C’est dans le tissage des opposés que se révèle la texture de la vie : sans ombre, la lumière n’aurait pas de profondeur ; sans peine, je ne saurais plus accueillir la joie.
J’ai appris que tout se répond : ce que je mange influence mes pensées, mes pensées sculptent mes émotions, mes émotions orientent mes choix, et mes choix tracent le chemin de mes jours. Il n’y a pas de séparation entre le corps et l’âme — il y a un corps-alma : un système vivant qui demande soin, équilibre et vérité. Quand je nourris mon corps de douceur, mon esprit devient plus clair ; quand j’expose mon cœur au noir permanent, mon monde s’affaiblit. Tout cela n’est ni simplisme ni reproche : c’est une invitation à la responsabilité aimante.
Tu ne fais pas de châtiments — seulement des leçons. Ce que nous appelons karma est peut-être la mémoire de nos gestes, la mécanique fine des causes et des effets tissée à travers les vies et les générations. Certaines dettes demandent réparation ; certaines blessures réclament du temps et du courage pour se transformer. Cela ne rend pas la douleur moins réelle, mais cela la replace dans une logique de réparation et d’apprentissage : agir bien aujourd’hui est la semence de jours plus cléments demain.
Et pourtant, je ne veux pas être naïf. Je reconnais les injustices, les enfants blessés, les cœurs brisés qui n’ont pas de réponses simples. À ces souffrances, je n’ai pas de platitudes, seulement la détermination à porter conscience, à soigner ce qui est en mon pouvoir et à rester disponible à l’autre. La compassion est une action autant qu’un sentiment.
Aujourd’hui je choisis la gratitude comme discipline. Gratitude pour les tempêtes qui m’ont appris la résistance ; gratitude pour le calme qui m’a donné la clarté ; gratitude pour les gens qui ont été miroir et pour ceux qui m’ont blessée — car dans la blessure j’ai découvert des ressources que j’ignorais. Je remercie la vie pour la surprise, pour l’urgence silencieuse d’être éveillé.
Je fais serment de vivre avec vigilance et légèreté. Vigilance — parce que je sais que nos petits gestes sculptent la destinée ; légèreté — parce que tout ce qui pèse peut être transformé par une intention juste et par l’art de lâcher prise. Je veux choisir la couleur avec laquelle je peins mes heures : parfois oser le jaune, parfois accepter le gris. Je veux être l’artiste et non seulement le spectateur.
Que ma foi soit simple : la confiance n’est pas l’absence de peur, c’est l’acte de marcher malgré elle. Le courage n’est pas triomphant, il est fidèle. La paix n’est pas toujours douce ; parfois elle est une décision ferme de ne pas répondre à la violence par la violence. Et l’amour — cet art le plus difficile — demande autant de clairvoyance que de tendresse.
Vie, je te reçois telle que tu es : vaste, paradoxale, belle et cruelle à la fois. Je te célèbre sans illusions et sans renoncements. Je t’accepte comme le terrain sacré où je grandis, où je rate, où je recommence. Je t’aime parce que tu me demandes d’être pleinement vivant.
Merci pour ce voyage. Merci pour la leçon. Merci d’avoir fait de moi une témoin et une actrice. Je quitte ce cycle avec les mains pleines : de douleur transformée, d’éclaircies apprises, de gratitude profonde. Et je continue — plus légère, plus humble, plus ardente — à marcher sur le chemin que j’ai choisi de tracer, consciente que chaque pas, même vacillant, est déjà une forme de lumière.
Avec respect et tendresse,
— Moi
Inna



