Lettre #63 – À ma Morte

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Eerie figure with a scythe, reflected in a mirror on a foggy landscape.

Un seul mot, et déjà ton nom fait trembler la poitrine.

Un seul mot, et le cœur s’emballe, haletant.

Un seul mot, et les nuits s’emplissent de fantômes, d’anges, de cauchemars et de prières.

Toi, la plus mystérieuse.

Toi, drapée d’un voile d’énigmes.

Toi, dont nul n’est jamais revenu.

Nous t’avons inventé mille visages : paradis, enfer, réincarnation, néant.

Mais en vérité, tu demeures silence.

Et c’est là que naît notre vertige :

car nous savons que tu viendras — implacable —

et pourtant nous passons nos vies à te fuir,

à chercher des potions d’immortalité,

à maquiller nos rides,

à détourner nos yeux de l’ombre qui avance.

Mais toi, Morte, tu es la grande vérité.

Tu es le dernier seuil.

Le Livre tibétain l’enseigne : il y a des bardos, des passages tout au long de la vie,

et toi, tu es l’ultime porte.

Une porte que chacun doit franchir seul,

même si l’on crie, même si l’on s’accroche.

Je ne veux pas te haïr.

Je ne veux pas t’éviter.

Je veux apprendre à t’honorer.

Oui, j’ai peur, oui, j’ai des frissons quand je pense à toi.

Non parce que tu es cruelle,

mais parce que tu es incompréhensible.

Comment concevoir de ne plus respirer ?

De ne plus penser ?

De disparaître de la scène,

tandis que le soleil continuera de se lever ?

Et pourtant… peut-être n’es-tu pas une fin.

Peut-être es-tu une naissance inversée.

Le souffle qui se retire ici pour renaître ailleurs.

Le retour au silence d’où nous venons.

La matrice des mystères.

Alors, ma Morte, quand tu viendras, je ne sais pas si ce sera au même instant que lui, ou plus tôt, ou plus tard. Car chacun de nous a reçu son souffle avec une mesure différente. Mais mon cœur, lui, rêve de s’endormir serré contre l’épaule de mon époux, dans l’éclat doux de notre amour.

Et si nos destins ne s’accordent pas, si tu viens quand il lui reste encore des jours à marcher, je t’accueillerai quand même. Car je sais que l’amour ne s’interrompt pas à ta frontière. Je partirai en emportant son visage, sa tendresse, son rire. Et même dans tes bras, je ne serai pas seule.

Voilà pourquoi je ne veux plus te maudire.

Je veux t’honorer comme la gardienne de l’ultime passage.

Car tu n’effaces pas l’amour, tu le transmues.

Tu n’es pas la fin, tu es le retour.

Et lorsque tu m’ouvriras ta porte,

je déposerai dans ton silence la dernière étincelle de mon souffle

comme une offrande,

et je passerai.

-Moi

Inna

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