
Ce matin, je me suis réveillée tÎt.
Le ciel sâouvrait Ă lâaube, et le soleil se levait avec une force silencieuse. Jâai marchĂ© pieds nus dans mon jardin, respirant profondĂ©ment, faisant quelques mouvements de mon corps encore engourdi. Quelle Ă©nergie puissante coulait alors dans mes veines !
Et lĂ , une pensĂ©e est nĂ©e, claire comme ce lever du soleil : câest quand jâai cessĂ© de prĂȘter attention aux regards des autres que jâai commencĂ© Ă respirer vraiment.
Jâai toujours Ă©tĂ© sensible Ă ces regards. Chaque fois que quelquâun posait les yeux sur moi, je croyais quâil cherchait Ă me juger, Ă compter mes dĂ©fauts, Ă me rĂ©duire. Ces regards me faisaient baisser les yeux et mâenfermaient dans des pensĂ©es noires, obsĂ©dĂ©e par la question : quâest-ce qui ne va pas chez moi ?
JâĂ©tais convaincue de ne pas avoir en moi cette lumiĂšre, cette force qui attire le regard avec admiration. Je croyais que si les autres me voyaient, câĂ©tait pour dĂ©couvrir ce qui Ă©tait âtropâ ou âpas assezâ. Et pourtant, quel gĂąchis, quel prĂ©judice envers lâenfant que jâĂ©tais â et qui vit encore en moi depuis 46 ans. Cet enfant joyeux, lumineux, qui aime rire et danser, mais que jâai trop souvent rĂ©duit au silence sous le poids des jugements imaginĂ©s.
Si jâavais su plus tĂŽt me donner cette confiance, que serais-je devenue ? Ă quel moment ai-je commencĂ© Ă craindre ces regards ? Ătait-ce Ă cause de mots blessants, lancĂ©s par ceux-lĂ mĂȘmes qui auraient dĂ» me protĂ©ger et me donner la certitude dâĂȘtre digne dâamour, malgrĂ© mes maladresses dâenfant ? Je nâarrive pas Ă me souvenir avec prĂ©cision. Mais je sais que cette peur mâa longtemps tenue prisonniĂšre.
Et pourtant, aujourdâhui, je me tiens lĂ , sous le soleil levant, fiĂšre de moi et de lâenfant que je porte dans mon cĆur. Cet enfant a rĂ©sistĂ©, il a gardĂ© sa joie malgrĂ© tout, il a gardĂ© son Ă©clat mĂȘme sous les ombres. Aujourdâhui, je lâĂ©coute, je lui tends la main, je le laisse briller.
Peut-ĂȘtre est-ce aussi le pays oĂč je vis aujourdâhui qui mâa donnĂ© cette confiance retrouvĂ©e. Ici, lâair que je respire mâinspire une autre façon de vivre. Ici, la lumiĂšre mâouvre de nouveaux horizons. Ici, je sens que mes racines plongent dans une terre qui mâapprend Ă ne plus trembler devant les regards.
Je suis reconnaissante. Pour ce chemin, pour cette transformation, pour ce courage qui grandit.
Car désormais, quand les regards se posent sur moi, je choisis de ne plus baisser les yeux.
Je choisis de danser, de rire, de marcher dans la lumiĂšre, avec lâenfant en moi qui nâa jamais cessĂ© de vouloir briller.
-Moi
Inna


